Un
soir, alors que j’attendais mon train de banlieue pour rentrer
chez moi, je me suis dit « voilà, j’ai une
heure devant moi, pourquoi ne pas simplement aller marcher sur Paris,
priant pour les âmes » à minuit le soir, comme
toutes les grandes villes cosmopolites du monde, les rues de Paris sont
parsemées de paradoxes. Des familles admiraient les vitrines si
réputées des galeries Lafayette alors que tout
près d’eux jonchaient sur le sol tout un groupe de
roumains endormis dans leurs vieux sacs pourris. Je m’approchais
pour saluer l’un d’eux qui, tournant son regard vers moi,
souffla la fumée de sa cigarette avant de se jeter au fond de la
gorge un peu de vin. Il me tendit la main que sans hésiter je
serrais, le cœur bouillant d’amour pour lui. Ce
n’était pas la première fois que je ressentais
cette sensation de main ferme, cornée et vieillie par la vie.
Sous les lumières de noël, je pouvais toucher les
ténèbres de la misère humaine à son plus
bas. Ses yeux creux me paraissaient remplis de malice et de
pécher. Je savais depuis un bon moment déjà que
ces mendiants vivent dans une précarité minée de
prédateurs qui n’hésitent pas à mettre
au froid de petits enfants nue pieds sur les plus belles rues de Paris
la nuit pour cueillir quelques pièces. Pourtant, cet amour
brûlait dans mon cœur pour lui. L’amour ne
soupçonne pas le mal. Je ne pouvais donc pas le juger.
Après avoir discuté un bon moment et tenté de lui
expliquer en quelques mots que Dieu l’aime, je
m’éloignais pour prendre le train. La barrière de
la langue nous limitait. Sur le chemin du retour, assit dans ce waghon
vide, dernier départ de la nuit, fatigué, je me mis
à prier, à crier dans mon cœur à Dieu :
« aides-nous, je t’en prie à les aider ! Le monde
les rejette, Seigneur tu vois le rejet qu’ils subissent, on les
ignore mais toi tu les aimes. Aide-nous à les aider ! Je
n’ai rien mais toi tu as tout ce qu’il nous faut»
Assis dans la première rangée de l’église,
jeudi après-midi, j’attendais patiemment qu’il
arrête de pleurer. Il se leva pour aller chercher un mouchoir. A
son retour il était plus calme. Les joues encore bien rouge il
se mit à sourire tout doucement et me raconta qu’ils
étaient trois équipes. Ils avaient acheté des
kadis pour y mettre les polars, les manteaux d’hiver, les savons,
dentifrices et autres objets que les sans abris leurs avaient
demandés.
Toute l’église , les jeunes et même des gens de
d’autres églises s’étaient mobilisés
pour nous aider à les aider. Les larmes dans les yeux, ce jeune
pasteur des jeunes de Mantes me raconta comment ils cherchaient dans
les rues de Paris, ces pauvres venus d’Europe de l’Est,
croyant que Paris serait leur ruée vers l’or. On leur
avait promit un emploi en retour de deux mois de salaire versés
à un chauffeur qui les amènerait dans la ville la plus
grande d’Europe et la plus visitée au monde. Une fois sur
place, on les abandonna. Maintenant trahis, ils sont réduits
à mendier des passants qui les ignorent pour la plupart. Sur ces
paroles je ne puis m’empêcher de penser à ses
nombreux roumains avec je m’étais entretenus à
plusieurs reprises.
Un soir, l’un d’eux m’expliqua pourquoi ils avaient
de jolis petits bébés chiens : « monsieur le
pasteur, je vais vous dire pourquoi nous avons de petits chiens avec
nous. C’est pour attirer les passants. Ils ne nous voient pas
mais voient nos chiens. Ils s’arrêtent pour flatter les
bébés chiens, puis nous jettent quelques pièces.
Les gens ont plus pitié pour nos chiens que pour nous ! »
Les choses ont bien évolués depuis. Sans rien forcer, le
Seigneur a élevé trois équipes qui les visitent.
N’est-ce pas là le cœur de l’évangile ?
n’est-ce pas là ce qu’un chrétien doit faire
?
Dieu est « le Dieu grand et redoutable, l’impartial
et l’incorruptible, qui rend justice à l’orphelin et
à la veuve, et qui aime l’émigré en lui
donnant du pain et un manteau » Deutéronomes 10 :18.
Je ne vous cacherai pas que j’ai entendu aussi des paroles
désintéressées de la part de certains croyants
depuis que nous sommes en France. Je ne vous cacherai pas non plus que
certains ont même eus des propos xénophobe et fatalistes
à l’égard de ces pauvres. alors qu’ils
attendent que tout se règle, nous irons vers ceux qui souffrent.
Nous ne pouvons pas tout leur donner. Nous avons peu de ressources mais
ce que nous pouvons faire, nous le faisons, et Dieu a multiplié
! dans les derniers mois, le Seigneur nous a accordé de nourrir
maintenant plus de 450 personnes chaque semaine. Plus de 70
bénévoles travaillent maintenant contre la
pauvreté à chaque semaine. Le Seigneur a envoyé
des donateurs de centaines de manteaux tout neufs ! Zone d’Impact
c’est aussi une équipe qui se donne pour les plus
démunis.
Joyeuses fêtes